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  Préparer la prochaine crise… de la main-d’œuvre !
 
 


Malgré l’excédent d’effectifs dans le contexte économique actuel, l’industrie devrait affronter d’importantes difficultés de recrutement dès la reprise en raison du vieillissement de la population active. Les entreprises ont donc intérêt à mieux gérer le capital humain en misant davantage sur le transfert des connaissances et sur le développement de la polyvalence des travailleurs en emploi.

« À cause de la rareté grandissante des ressources humaines sur le marché du travail, il y a beaucoup plus d’entreprises qui vont s’arracher les travailleurs disponibles », a expliqué en mai dernier Christian Galarneau, coordonnateur du Comité sectoriel de main-d’œuvre des industries des portes et fenêtres, du meuble et des armoires de cuisine dans son exposé au colloque sur la gestion des savoirs organisé par l’Université Laval.

Traditionnellement, a-t-il rappelé à son auditoire, nos trois secteurs d’activité sont sensibles aux fluctuations conjoncturelles lorsque la demande de biens durables croît. Ils connaissent alors une hausse importante des besoins de main-d’œuvre. En période de récession, les achats de meubles, d’armoires de cuisine, de portes et fenêtres chutent. Et l’emploi a le plomb dans l’aile.

« Mais ces dernières années, a fait remarquer M. Galarneau, il y a eu des changements plus structurels occasionnés par l’amplification de la mondialisation des activités de production. Cela a un impact sur les modes d’organisation du travail. Le développement des affaires se tourne vers l’expansion de l’Asie. On assiste à un déplacement des besoins de main-d’œuvre moins qualifiée vers une main-d’œuvre à caractère plus technologique. La production en îlots de travail va en augmentant, ce qui suppose des compétences enrichies, une plus grande flexibilité et polyvalence des employés, une disposition à travailler davantage en équipe. Il y aura une augmentation relative des emplois hors production (logistique, TI, R&D, services clients, etc.). »

Les trois secteurs d’activité ont toujours su saisir les nouvelles occasions d’affaires à la faveur des crises (années 80-90). Malgré les pénuries, les fabricants ont pu s’adapter et se développer à l’aide d’une main-d’œuvre locale formée sur le tas. La sortie de la présente récession nécessite un grand virage : passer d’une gestion administrative à une gestion stratégique des ressources humaines, a fait valoir M. Galarneau. Il y a moins de jeunes sur les rangs en région, les travailleurs vieillissent ou ils ont pris le chemin de la retraite. Donc, il faudra mieux gérer et développer les compétences des effectifs en place, favoriser le transfert de connaissances des plus vieux ou plus jeunes, reconnaître les compétences de ceux qui restent et qui partent, afin d’être prêts « quand la machine va repartir ».

Grâce à une main-d’œuvre qualifiée, les manufacturiers ont pris rapidement de l’expansion à la suite de l’Accord de libre-échange nord-américain au moment de son entrée en vigueur en 1994. Depuis 2002, ils ont cependant mal encaissé la pression de la hausse du dollar canadien, combinée à la concurrence féroce des pays à faibles coûts de production sur leurs marchés traditionnels (CAN-USA). Ils ont aussi souffert du coût plus élevé des matières premières et de l’énergie. Conséquence : il y a eu une contraction de l’emploi de l’ordre de 25 % depuis sept ans.

La valeur du dollar canadien face à la devise américaine est passée d’une moyenne de 63,7 cents américains pour l’ensemble de l’année 2002 à une moyenne de 95 cents américains au cours du mois d’août 2008. Dans la mesure où certains fabricants du Québec réalisent 50 % à 70 % de leurs ventes aux États-Unis, on imagine très bien les impacts de la force du huard. De plus, la récession, qui frappe le marché américain depuis la fin de 2007 et celui du Canada depuis peu, fait en sorte que les manufacturiers enregistrent une baisse considérable des ventes. Selon leur capacité financière à affronter cette période de turbulence, la survie d’un bon nombre d’entreprises est menacée. Mais il y en a beaucoup qui vont poursuivre leurs activités sans trop de problèmes. D’où l’importance de tabler sur la bonification des compétences des travailleurs, comme outil de développement stratégique dans un contexte hautement concurrentiel.

 
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